Michel Maccotta est un Français né en Tunisie de parents Italiens. C’est peut-être pour cette troisième fraction d’origines que je l’aime plus que d’autres…
Michel Maccotta il cache, derrière un nez rond et ballonné et des paupières toutes lourdes de tant d’années, des yeux tendres, des yeux pleins d’amours, de passions, de bonté. Des yeux bleu-gris. Et dans ce gris on est tenté de lui inventer une vie.
C’est pourquoi, aussi, j’ai été comblée en trouvant cette photo de l’ancien temps, cette scène de Michel à 18 ans – 1962, enfourchant une moto, cigarette en bouche, avec des sourcils plus fournis qu’aujourd’hui, rehaussant ces mêmes yeux, qui pourtant devaient être bien différents alors.
À côté il y avait Michel, 25 ans, allongé dans l’herbe haute aux côtés de sa femme Georgette, de presque dix ans son aînée.
Michel Maccotta aujourd’hui il est malade. Il souffre du diabète. Le lundi, le mardi, le jeudi et le samedi il se rend à la dialyse. Sur son avant-bras gauche je vois de grosses excroissances de chaire, des traces de coupure, des traces de piqûres, des traces de maladie. Ça me fait mal, je préfère ne pas regarder. De même je détourne la tête lorsqu’il se fait la piqûre avant chaque repas.
Avant de s’engager sur la route de sa maison, Michel me prévient que chez lui, ce n’est pas comme chez Maurice, que Maurice, « c’est un homme qui a travaillé toute sa vie à construire des maisons, qu’alors sa maison il l’a fait avec une piscine, un spa… ». Mais lui c’est pas pareil. « Non, mais je sais, je l’ai vu votre maison, l’autre jour… »
Et puis tout de suite sa chaumière aux hauts plafonds, à l’espace confiné, à la porte de géant qui tout de suite vous invite à une massive table lourde de bois, je l’adore. Je remarque une guitare coincée près de la télévision. J’apprécie les divans bas, modestes, perdus sous les couvertures. Et pas cinq minutes ne se sont écoulées que je déjà je me suis plongée dans la collection de livres dans les armoires, disparates. Surtout la série d’une vingtaine de bouquins avec reliure au style vieillot qui s’intitule « Tout sur l’univers ».
Dans sa voiture, Michel Maccotta pousse la cassette dans le lecteur. La voix de l’australienne, une voix d’opéra, l’emplit de joie : « Qui c’est qui chante comme ça? J’en connais pas moi, j’en connais pas! ». À chaque temps mort de l’orchestre sa main potelée quitte le volant dans l’attente, ses doigts s’étirent en toutes directions et il là il nous prévient bien gentiment : « … aaat-tention! »…
Et l’orchestre se soulève, et les doigts dodus reviennent danser sur le volant.
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