Rien à faire, je suis heureuse. Jour après jour, ça persiste, ça s’amplifie, cette enflure du cœur, et je ne comprends pas comment c’est possible être si bien, mais bien…
Après Londres, mes yeux se sont ouverts ce soir sur un autre univers, semble-t-il… Bien sûr j’ai eu un petit pincement de cœur, un doute, quand l’avion s’est écrasé sur la piste d’atterrissage menant à une vieille grange de quelques mètres cubes et poussiéreuse tenant lieu d’aéroport. Et aussi quand Maurice Teulet et moi avons mis près de vingt minutes à sortir du parking puisque le bon monsieur avait d’abord oublié qu’il devait payer le ticket de stationnement et puis qu’il ne savait plus comment faire, de toute façon…
Enfin, nous avons bien fini par arriver au domaine Lajonie, où nous avons attendu Joël Lajonie pour remplir le contrat de travail. Entretemps, madame Lajonie m’a versé un verre du Monbaziliaque. Un vin blanc liquoreux, alors là, exactement ce que j’aime du vin : des tons dorés, rond en bouche, un peu huileux avec ce goût de miel que j’aime tant retrouver dans les vins… « C’est bon avec du foie de canard. » commente Mr. Teulet.
Mr. Teulet, un peu vieux, mais très posé et bien influent, chemine à travers toutes les procédures et me laisse finalement à la cantine des résidences, pour dîner (le dîner des Français, n’oubliez pas). Je suis convaincue par la mousse de canard, toute rose, riche, onctueuse…
J’ai vu des routes de campagne avec sur la gauche, des vignes, et sur la droite, des vignes. J’ai vu des chiens et des lièvres. J’ai senti l’odeur prenante de fermentation et j’ai écouté des fermiers du vin se plaindre de l’administration française avec leur accent mélodieux.
Après le dîner je suis allée sonner chez Chantale Dubos qui se prononce « Dubosse ».
Je m’en suis retournée à ma résidence avec sur ma gauche, des vignes, sur ma droite, des vignes, et entre mes mains René Barjavel, Maupassant, Émile Zola et Bernard Clavel, je me suis souvenue la petite Gabrielle et j’ai sourit, et mon ange m’a répondue comme d’habitude avec ce frisson qui naît dans mon cou et hérisse le poil de mes jambes… Oui, mais bon, ça va, du poil sur les jambes dans un coin comme Bergerac…!
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