Ce matin je suis montée au haut d’une colline piquée d’une croix. Du haut de ma colline Chatel-Guyon s’est résumée à un amas de toits de céramiques orangées coincé entre des montagnes tout autour et coinçant, en son centre, un grand, joli, clocher d’église de pierre cendrée. Du haut de ma colline aussi Chatel-Guyon s’est fait entendre. Gagnant toute la couche atmosphérique englobant la petite ville de quelque 6000 habitants, émanant d’une place publique, la voix amplifiée d’un animateur annonçant le 50e anniversaire de je ne sais plus quelle délégation, vantant le Cantal, leur fromage d’ici, d’Auvergne et ressassant l’histoire de la France et l’Amour, l’Amour avec un grand A, pour le Québec.
À onze heures j’ai décidé d’aller à la messe, étant déjà à quelques mètres d’une belle église, massive comme je les aime, et toute décorée à l’intérieur des fresques de Greshni suite à la seconde guerre mondiale. Puis au plein milieu de la messe, juste avant l’Ostie et le vin, j’ai changé d’avis. Je me suis sentie mal sur ce banc d’église. Comme si aujourd’hui je ne pouvais plus prendre place au milieu de ces gens et faire la foi aveugle, comme si quand on a vu à quel point la vie c’est pas ça, c’est pas ce qu’on raconte ici, c’est plein de gens avec des pensées obscènes, c’est nous aussi avec nos pensées obscènes, c’est notre besoin d’être aimé, non pas celui d’aimer et d’être oublié… alors on se met à chercher un autre maître, quelqu’un qui sait un peu plus de quoi on parle.
Je n’ai pas pris l’Ostie ce matin. En sortant j’ai dit au revoir dans mon cœur, à plus tard peut-être, pas maintenant. Puis j’ai descendu rue Guy de Maupassant le cœur plus léger.
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